Chants légendaires albanais

Les thèmes des chants légendaires albanais se retrouvent dans les autres pays balkaniques, particulièrement en Macédoine et en Epire, sans qu’on puisse en déterminer l’origine. On en a recueilli dans toutes les régions de la langue albanaise, mais il faut observer que le Kosovo et l’Albanie du nord sont plus riches que l’Italie et, surtout, l’Albanie du sud. Un des thèmes les plus importants est celui de la métamorphose des héros en oiseaux, en serpent ou en plante. On a recueilli par exemple à Theth, au cœur des montagnes du nord, une légende dans laquelle la soeur du héros Aga Hasan le trouve, en montagne, gravement blessé et laissé pour mort. Il désire de l’eau et elle va lui en chercher en laissant derrière elle une trace de son sang.

Dans un chant albanais originaire d’Italie, le héros va se faire dévorer par la kulçedra. Sa fiancée a décidé de le suivre dans la mort et la kulçedra se réjouit de les manger tous les deux. Mais la fiancée n’est autre que la fille du soleil et de la lune, la lampe du ciel qui permet de distinguer le courage de la méchanceté. Elle se dresse et met la kulçedra hors d’état de nuire. Les chants de rapt se trouvent aussi bien dans le folklore de l’Albanie et du Kosovo que dans celui des Albanais d’Italie. Un chant répandu parmi les Albanais de la côte et qu’on retrouve à Krujë met en scène une mère qui exhorte son fils à aller enlever la fille qu’il aime au-delà des mers. Le garçon feint d’être marchand de soieries et réussit à enlever la fille, mais elle se jette du bateau et se noie…

Le chant des preux (Kreshnikët) sont surtout répandus en Albanie du nord et dans la Kosovo. La place centrale revient au cycle de Muji et Halili. Muji et Halili sont frères. Interviennent aussi Ajkuna ou Kuna, femme (et quelquefois soeur) de Muji, Omar le jeune ou “Omar de sept ans”, leur fils, Budaline Taru ou Tali de Budini, tante de Muji; Dezdar Osman Aga et Arnaut Osman, Zuku et Ali Bajraktar. Ils affrontent divers chefs dalmates comme le roi de Kotor la nouvelle (près de Zadar); le roi de Senj, le roi de Talea, le capitaine Kresht,etc. On rencontre aussi des brigands, au rôle ambigu, Tanusha, fille du roi de Kotor et bien-aimée de Halil, joue aussi un rôle important.

Tous ces héros ont des proportions gigantesques et une force surnaturelle. Quand Muji boit de l’eau, il assèche les fontaines et, quand il ronfle, il déplace les chênes de la montagne. Cette force, il la doit au Zanë, sorte de fées auxquelles il a rapporté leurs enfants qu’il les avait trouvés perdus au bord d’un rocher. C’est d’ailleurs en buvant le lait d’une Zanë que Muji, auparavant gamin débile, est devenu fort comme un dragon et qu’il a pu lutter, et défendre ses bienfaitrices. Tandis que Muji personnifie le héros raisonnable, d’âge mûr, Halili et Zuku Bajrakatar, tout aussi valeureux, incarnent la jeunesse novatrice et aventureuse.

Le jeune Omar, courageux guerrier dès l’âge de sept ans, connaît toujours un triste destin qui le fait mourir à la fleur de l’âge en essayant de libérer son père ou son oncle Halili des cachots obscurs où à l’a plongé le roi de Kotor. Les rois et les capitaines dalmates sont féroces et antipathiques, mais leurs filles, telles Tanusha, tombent amoureuses des jeunes héros, d’où une suite de rapts et de combats.

L.Thomaj

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