Le port antique d’Oricum, un trésor archéologique en Albanie

Parmi les nombreux trésors archéologiques en Albanie, le port antique d’Oricum occupe une place privilégiée. Cette ville ancienne a été le théâtre d’un événement clé dans la conquête du pouvoir absolu par Jules César. Pourtant, le communisme dans le pays durant la seconde moitié du 20e siècle a empêché archéologues et historiens d’approcher ce site unique. Jusqu’en 2008, lorsque des archéologues suisses et albanais ont initié les premières fouilles.
Considérée par certains auteurs anciens comme une fondation grecque, il se trouve au sud de l’Albanie dans la baie de Vlora. Le site possède l’un des meilleurs ports de l’Adriatique, déjà décrit par César, après qu’il l’ai occupé pendant les guerres civiles, et se trouve à un point stratégique de la côte, juste en face d’Otrante, de l’autre côté du canal qui sépare les Balkans de la péninsule italique. D’autre part, tant la fertilité de son arrière-pays que les vastes forêts qui devaient, dans l’Antiquité, recouvrir les montagnes qui l’entourent, en ont fait un lieu accueillant et prospère.
Or, le site est longtemps resté mal connu, utilisé comme base navale dès le 19e siècle. La zone fut cependant démilitarisée et transformée en zone archéologique en 2005. Un accord de collaboration fut alors signé entre l’Institut archéologique d’Albanie et l’Unité d’archéologie classique de l’Université de Genève. Le projet a depuis évolué de rencontres en campagnes de prospections. Enfin, il a été accepté en mars 2008 par le Fond national suisse de la recherche scientifique, qui l’a dès lors financé. Ainsi, en septembre 2008, une équipe composée d’archéologues albanais et suisses, ainsi que d’étudiants, effectua une première campagne de fouilles dans le but de déterminer la plus ancienne occupation du site.
Histoire
Fondée par des colons grecs de l’Eubée entre le VIIe et le VIe s. av. J.-C., la cité fut d’abord le principal accès maritime d’Apollonie d’Illyrie et une escale sur la route de Kerkyra (île grecque de Corfou). Permettant de verrouiller la mer Adriatique, la base d’Orikum constitue toujours un enjeu militaire majeur.
Antiquité et Moyen Âge
Philippe V de Macédoine s’empara de la ville, alors alliée de Rome, lors de la première guerre macédonienne en 214 av. J.-C.. La cité battait à cette période sa propre monnaie, preuve de son statut de ville riche et indépendante. En janvier de l’an 49 av. J.-C., en pleine guerre civile romaine, Jules César l’assiégea pour couper l’approvisionnement de l’armée de Pompée. Par la suite, les Byzantins créèrent le port militaire de Jéricho (Ierikhó/Ιεριχώ) sur le site de l’antique cité. Ce port fut renforcé sous la domination ottomane et renommé Pacha Liman (” port du Pacha “) et servit de point d’appui lors d’incursions ottomanes dans les Pouilles.
XXe siècle
Le site fut un poste avancé sur la Méditerranée pour les Soviétiques jusqu’à la rupture entre l’Albanie et l’URSS en 1961. Il garde un intérêt stratégique, puisqu’il se trouve dans l’enceinte d’une vaste base militaire utilisée aujourd’hui par les marinesde guerre albanaise et turque. Le port militaire lui-même n’est situé qu’à 300 m des ruines et la route qui y mène est entourée d’un nombre incalculable de bunkers (certains utilisés pour renforcer la digue naturelle entre la lagune et la mer sur laquelle passent les véhicules) et installations abandonnées héritées de l’ère communiste.
Visite
De la grande ville antique, seule la colline de Paleokastra (“vieille forteresse” en grec) est accessible aux visiteurs. Le site est constitué de très nombreux éléments encore mal connus et d’époques différentes.
Ruines de la ville
Plusieurs vestiges portent les traces de destructions datées du siège de Jules César en 49 av. J.-C. Des portes, remparts et habitations, ainsi qu’un temple dédié à Dionysos (Ier s. av. J.-C.) ont été clairement identifiés. Dans certaines maisons (IIIe s. av. J.-C.), on peut ainsi remarquer les silos creusés dans la pierre qui servaient à conserver les aliments. Une nécropole (de l’autre côté de la lagune – ne se visite pas) et les vestiges d’une acropole (au sommet de la colline) ont également été découvertes.
Temple, port et monoptère
Ces constructions intéressent particulièrement les chercheurs. La première est le ” théâtre ” (Ier s. av. J.-C.), dont l’immense structure en pierre est adossée à la face est de la colline. Il fut identifié comme tel par l’équipe albano-soviétique qui le mit à jour en 1958. Mais ce n’est qu’en 2013 que les archéologues suisses ont prouvé qu’il s’agissait d’un temple, et plus exactement d’une nymphe (fontaine) monumentale. Autre révélation de l’équipe helvétique : le ” mur ” qui s’enfonce dans la mer, bien visible à l’entrée du site, ne serait pas un élément défensif, mais sans doute la jetée du port antique décrite par Jules César. Enfin, troisième découverte récente : le monoptère carré mis à jour en 2012 sur la face nord-ouest de la colline. Il s’agit d’un bâtiment modeste mais singulier, qui semble sans équivalent dans le monde grec. Temple constitué d’une seule rangée de colonnes, un monoptère est généralement de forme circulaire, parfois rectangle. La forme carrée de celui-ci est à présent le seul exemple connu. Il est à noter que le site profite d’une signalétique en anglais et en albanais (cartes, explications) qui tient compte des dernières avancées des chercheurs. On peut prévoir deux bonnes heures sur place pour la visite et profiter de la beauté du lieu pour une pause pique-nique.
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